Le front du glacier Tuna dans le fjord du Temple au Spitzberg

Voyage Antarctique

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Vendredi 28 janvier
Alors que nous espérions le même temps qu’hier ; nous nous levons sous une chape de nuage continue. Pire, l’écran de la caméra à l’avant du bateau est obstruée par la neige fraîche. Nous sommes au pied de la chaîne de montagne qui constitue la péninsule Antarctique. Les sommets des montagnes sont cachés par les brumes mais leur base, en grande partie recouverte de glaciers est visible sur une grande partie de l’horizon.
Nous sommes impatient de pouvoir débarquer et comme prévu, le Plancius jette l’ancre juste après le petit déjeuner dans le détroit Errera, juste devant l’île Danco. Nous ne nous faisons pas prier pour être prêt à descendre dans les zodiacs et rejoindre la terre. Nous atterrissons sur une plage de rochers recouverts de quelques centimètres de neige fraîche. Quelques dizaines de manchots papous nichent sur une petite surélévation de rochers. Nous pouvons marcher sur la grève où nous croisons quelques autres manchots qui partent de la colonie ou qui en reviennent. Delphine nous propose de monter en haut du dôme de neige qui se trouve sur l’île, pour admirer le panorama. Nous montons en file indienne sur une trace déjà damée car la neige est très molle en dehors de la trace. Au milieu de la pente, émergent de la neige des rochers sur lesquels des manchots ont construit leur nid. En observant attentivement, nous pouvons voir que certains sont encore en train de couver et que quelques uns protègent précautionneusement un poussin sous leur ventre. Bien que la saison soit avancé, leur développement est faible, signe d’un échec des couvaison de début d’été qui sont suivi d’une ponte de remplacement, mais décalée d’un mois par rapport au cycle normal. Nous arrivons au sommet de l’île, constitué d’un plateau horizontal de neige. Le paysage est visible sur 360°. Ce n’est que montagnes et glaciers qui en coulent jusqu’à la mer, elle-même constellée d’icebergs. Après ces deux jours de traversée sans sortir du bateau, la récompense est à la hauteur des nos espoirs. Nous redescendons avec un peu plus de difficulté avec le neige tassée glissante.
Dès que nous sommes de retour à bord, le Plancius reprend sa navigation dans le détroit Errera. Un iceberg énorme est presque sur notre route. Le commandant réduit la vitesse pour passer à coté. Sur un autre iceberg tout proche, deux phoque crabiers se prélassent. Le Plancius se glisse en silence tout près sans que ceux-ci daignent vraiment réagir. Le commandant manœuvre tout doucement pour contourner l’iceberg et revenir vers le premier qui a une superbe grotte d’un bleu soutenu.
Après le déjeuner, nous arrivons en vue de la station argentine Aldmirante Brown. Une équipe est présente pour entretenir la base. Ceux-ci nous autorisent quand même l’accès tout en nous demandant de ne pas aller les perturber dans le secteur de petit refuge où ils vivent. Cette base a été partiellement détruite en 1984 par l’incendie volontaire que le médecin a allumé pour être secouru avant l’hivernage que son gouvernement voulait lui imposer. Nous montons sur un petit belvédère situé au dessus de la base pour avoir une vue d’ensemble de la baie Paradis.
Des myriades d’icebergs de toute taille s’étalent à perte de vue sur une mer d’huile. Et toujours les montagnes et glacier occupent l’horizon de toutes parts. De notre point en vue en hauteur, nous pouvons voir à travers l’eau transparente. Des phoques crabiers nagent nonchalamment le long du rivage ; des manchots papous nagent tels des fusées dans l’eau peu profonde ; des sternes couronnées tournent autour des rochers en criant pour appeler leur partenaire ; des cormorans impériaux battent des ailes à toute vitesse pour se maintenir en vol.
Nous continuons par une sortie en zodiac. En longeant le rive, nous arrivons au pied d’une falaise ou se tiennent quelques dizaines de nids de cormorans impériaux. Ces nids sont constitués d’amoncellement de guano et du peu de matériaux disponible tels que des algues et des lichens. En longeant la rive un peu plus, nous arrivons en vue d’une langue glaciaire qui se jette dans la mer. Vue depuis la hauteur du zodiac, elle semble encore plus impressionnante, parsemée de crevasses bleutées. Nous restons à distance de sécurité à la recherche de phoque. Nous trouvons assez facilement plusieurs icebergs où se reposent quelques uns d’entre eux. Ils se laissent facilement approcher. Egalement, quelques icebergs ayant basculé laisse entrevoir leur entrailles où la lumière est d’un bleu absolument incroyable. Il est temps de rentrer à bord pour le dîner et surtout pour que les campeurs soient près à installer leurs tentes et sacs de couchage sur un îlot tout proche avant la tombée de la nuit. Le départ est joyeux ; cela est une occasion unique de pouvoir passer une nuit sur le sol de l’Antarctique.

Samedi 29 janvier
Dès 6 heures du matin, les campeurs sont de retour à bord après une nuit courte mais surtout de bons souvenirs dans les mémoires. Nous reprenons notre navigation en sortant de la bais Paradis pour déboucher dans le détroit de Gerlache. Le vent de nord-est se lève et le Plancius se met à bouger de nouveau. Nous avions presque oublié ces mouvement après 24 heures au calme. Après une heure de navigation, nous entrons dans le magnifique détroit de Neumayer, passage caché entre des hautes chaînes de montagne de l’île Anvers et l’île Wiencke. Manque de chance, une averse de neige arrive en même temps que nous et nous ne pouvons voir que la base des montagnes et la falaise de glace qui forme les rives.
Nous approchons de notre objectif de la matinée alors que la neige et le vent forcissent. En plus, en arrivant devant l’anse Dorian, le capitaine découvre qu’elle est encombrée d’icebergs et qu’il ne peut pas y jeter l’ancre. Nous sommes dans l’obligation d’annuler le débarquement. Nous continuons notre navigation en contournant l’île Doumer et en se dirigeant vers Port Lockroy par le détroit Peltier. Pendant ce temps, Delphine nous invite a regarder un documentaire sur l’ex base de recherche britannique de Port Lockroy, restaurée puis transformée en musée après sa désaffection. Avant le déjeuner, nous invitons la chef de base à bord pour qu’elle puisse nous en parler elle-même et répondre à toutes nos questions.
Base Port Lockroy et Pointe Jouglas
La météo devenant de plus en plus clémente, nous pouvons organiser le débarquement de l’après-midi. Nous atterrissons sur une pointe de l’île Wiencke, appelée pointe Jouglas, où se trouve une petite colonie de manchots papous et quelques couples de cormorans impériaux. Près du lieu de débarquement, un squelette de baleine a été reconstitué à partir d’os que les baleiniers avaient abandonnés au début du XXe siècle. Nous restons plus d’un heure à regarder les manchots, qui sont pour beaucoup très affairés à nourrir leur petits (ou leurs deux petits). Puis, nous remontons dans les zodiacs pour se rendre à la station de Port Lockroy qui a été construite sur un petit îlot nommé Goudier.
Nous sommes accueillis par quatre charmantes anglaises qui gèrent le petit musée, ainsi que le magasin de souvenir et le bureau de poste de la base. Tous autour, les manchots papous continuent à y construire des nids comme si la base n’avait pas existé. Après avoir acheté quelques souvenirs d’Antarctique, nous rentrons à bord.
Ce soir, le dîner est une surprise : un barbecue sur le pont arrière ; des tables et des bancs y ont été dressés Les plus courageux ou les moins frileux y affrontent le vent froid alors que d’autres préfèrent la chaleur confortable de la salle du restaurant.

Dimanche 30 janvier.
Le Plancius appareille avant notre lever pour arriver près de l’île Booth à notre réveil. Nous approchons de Port Charcot, là où J.-B. Charcot a hiverné avec son navire le Français, en 1903. Comme J.-B. Charcot l’a lui-même vécu, cette petite baie est remplie par les icebergs que les vents dominants de nord-est pousse. De plus nous avons nous-même du vent de cette direction ce qui pousse Delphine et le Commandant à annuler l’ancrage et le débarquement. Nous faisons donc demi tour pour contourner presque en totalité l’île Booth en empruntant le détroit Lemaire.
La visibilité est bonne au niveau de la mer, mais nous apercevons tout juste les sommets environnant. Partout des falaises et des pic vertigineux d’environ mille mètres de haut voire plus. Dans le détroit, des icebergs de toutes tailles sont parsemés ci et là. Le commandant conduit le Plancius en sécurité dans cet étroit passage , large de quelques centaines de mètres. Sitôt ce passage franchit, nous virons sur tribord pour rejoindre port Pléneau. De cette baie bien protégée des vents et des icebergs, le commandant peut jeter l’ancre.
Nous débarquons sur une petite plage de gros rochers surmontée d’un mur de neige important. Nous nous répartissons en deux groupes. Tarik part « à l’assaut » de la colline sur laquelle l’équipe de Charcot a construit un grand cairn visible de très loin. De cet endroit, le passage porte tout autour : sur la mer parsemée d’icebergs encore plus gros les uns que les autres. ; sur l’île Booth, avec ses hauts sommets d’ou descendent plusieurs glaciers en pente très raide ; sur port Charcot, cette petite baie si mal protégée. Le vent y est très fort et nous avons du mal à tenir debout. Nous apercevons quatre otaries à fourrure qui se reposent sur un petit cap rocheux au pied de la colline. Des skuas nichent dans les rochers près du sommet et certains d’entre nous se font agresser dès qu’il s’approchent trop du nid totalement invisible à distance.
Pendant ce temps, Gérard prend la direction opposée vers une crête rocheuse où se tient une colonie de manchots. Tout au long de la montée, nous voyons uniquement des manchots papous, mais près du sommet de cette crête, en cherchant bien, Gérard nous montre une bonne dizaine de manchots à jugulaire et une peu moins de manchots Adélie. Cette île a la particularité d’être exactement à la limite nord de l’aire de répartition du manchot Adélie et à la limite sud de celle du manchot à jugulaire et dans celle du manchot papou. De ce fait, les trois espèces y sont présente, cas quasi unique en Antarctique. Sur un replat de la falaise, une petite colonie de cormorans impériaux s’est installé. Ceux pour qui la marche dans la neige molle est trop difficile se promènent sur la plage en compagnie de Delphine. Nous nous retrouvons à bord pour le déjeuner.
Port Pléneau
Les conditions météo, surtout le vent, ne sont pas très favorables. Les rafales dépassent 20 m/s soit plus de 70 km/h. Delphine nous laisse le temps d’une sieste pour voir comment évolue ce vent. Finalement, les conditions ne se dégradent pas et nous partons en zodiac pour aller voir de près une grande quantité d’iceberg échoués de l’autre coté de cette baie. Nous partons avec le vent dans le dos et cela est facile et pas trop « humide ». Nous arrivons près de ces icebergs, de formes et de couleurs à peine imaginable. Certains ont basculé au cours de leur longue agonie et cela crée des lignes droites ou courbes laissant cours à des interprétations diverses suivant notre imagination. Nous cheminons le long de ceux ci avant de nous engager au milieu de ce labyrinthe. Le cheminement n’est pas facile pour toujours rester à distance de sécurité. Nous arrivons à l’extrémité de ce « cimetière », là où de nombreux rochers émergent de l’eau. Nous cherchons s’il n’y a pas quelques phoques à se reposer. A ce moment, le vent est fort et il se met à pleuvoir. Nous préférons en rester là et prenons le chemin du retour. Nous sommes alors face au vent et au clapot. Malgré une conduite en douceur, il est difficile de ne pas éclabousser et à plusieurs reprises, nous nous faisons copieusement asperger d’eau de mer. Heureusement que nous pourrons faire sécher gants et bonnets ce soir dans les cabines.
Avant le dîner, comme il nous reste un peu de temps, le commandant nous propose de naviguer dans la baie Girard. Dans celle-ci, plusieurs grandes langues de glace se jettent, sources de nombreux icebergs.
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